BOSS est le nom du robot autonome, de type SUV (Sport Utility Vehicle) qui vient de gagner le prestigieux prix (doté de 2M$!) du DARPA Grand Challenge. Avant de parler de cette technologie, quelques mots sur le concours lui-même.
Le Grand Challenge est un prix, décerné par la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency) américaine, et qui vise à récompenser les technologies de robotique autonome contribuant à placer le combattant hors du danger immédiat de l'espace de bataille, l'armée américaine ayant en effet le projet de robotiser un tiers de sa force à l'horizon 2015. La course en elle-même consiste à parcourir un trajet de 100km en 6 heures, de manière complètement autonome. Cela signifie: rester sur les routes, (il s'agit en fait de routes situées dans le désert californien, autour d'une ville-fantôme), s'intégrer à un "trafic" (véhicules téléopérés, conduits par des humains, ou autres véhicules autonomes), et réagir aux aléas (l'organisation ayant le droit de disposer des obstacles ou de bloquer les routes), en replanifiant la mission tout en gardant une vitesse moyenne de 10mph au minimum. Pour voir les règles officielles, cliquer ici.
Cette course est donc, en quelque sorte, une vitrine technologique, en même temps qu'une expérimentation grandeur nature, qui se situe dans la lignée des grands programmes de robotique autonome (citons en particulier DARTS, dans les années 1990).Le gagnant de cette année, BOSS, une Chevrolet Tahoe modifiée, est intéressant à plusieurs égards. Construit par la prestigieuse université de Carnegie Mellon (CMU), dont le groupe de robotique autonome est sans doute l'un des meilleurs au monde, il est pour la première fois doté d'une "personnalité", décrite par les évaluateurs comme "agressive mais sûre" ("Boss is kind of like a soccer mom with some place to be – aggressive but safe"). Cette personnalité lui permet de moduler sa perception (fournie par une douzaine de radars, senseurs lasers et caméras) par un module de simulation comportementale lui permettant ainsi de planifier et re-planifier à chaud en fonction des contingences.
On se trouve ainsi pour la première fois confronté en vraie grandeur à l'interaction simulation / monde réel, problématique connue. En effet, le passage d'une simulation à la réalité pose de nombreux problèmes, notamment au niveau de la gestion des différentes informations (bruit dans les capteurs en particulier). Or aujourd'hui, de par le progrès des technologies de simulation et l'essor impressionnant des capacités de calcul (notamment "embarquables"), il devient possible de simuler en temps réel et de confronter le résultat de cette simulation à la réalité. C'est parce que ces nouvelles capacités existent qu'il devient possible d'utiliser des modules de simulation comportementale, qui, auparavant, ne pouvaient être utilisées qu'"off-line".
On assiste donc aujourd'hui à l'émergence de techniques de simulation située ; l'ordinateur, ou le robot, passe son temps à simuler le monde, et à confronter le résultat de cette simulation avec le réel. Le DARPA Grand Challenge, à cet égard, préfigure les nouvelles capacités que nous verrons bientôt apparaître dans nos véhicules, nos terminaux, et notre vie quotidienne.

1 commentaire:
CMU vient de prendre sa revanche sur Stanford : voir le Grand Challenge précédent en mode désert. D'ailleurs je me demande si ce n'était pas plus dur dans ce contexte qu'en ville. Je suis curieux de voir ce que va nous concocter la Darpa pour l'année prochaine. Voilà une méthode sympathique et efficace de bouster des crédits de recherche pour les bons labos : je me demande quand le PCRD ou le Ministère de la Recherche comprendront ce que sait que la recherche compétitive...
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